Didier Lombard, fév. 2009
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Didier LOMBARD, Président Directeur Général du Groupe France Telecom Orange, dîner-débat du club le jeudi 12 février 2009.
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La salle est comble pour accueillir Didier Lombard, un précurseur dans son industrie.
M. Lombard n’a pas fini de contredire ceux qui ne voyaient en lui qu’un « pape de transition » pour France Telecom après les bouleversements impulsés par Thierry Breton.
On annonçait un technocrate de passage. Or, à l’énergie qui transparaît dans son témoignage devant le Club, les convives devinent sans peine les forces qu’il a mobilisées pour mener la transformation de France Telecom en « start-up » leader des Telecom et des réseaux et son ambition pour poursuivre cette mutation.
Une « mémoire vivante » des télécommunications qui regarde vers l’avenir
M. Lombard revient sur les étapes de son parcours, qui l’a amené des laboratoires à la direction d’un grand groupe mondial, de la direction ministérielle au comité exécutif.
Au commencement, il est chercheur des nouvelles technologies : dès la fin des années 1960, son ouvrage sur la révolution à venir des technologies numériques devient une référence pour la communauté scientifique. Il est ensuite voyageur, et sillonne le monde de l’innovation de la Silicon Valley au Japon. Ce qui ne l’empêche pas de contribuer à certaines des ruptures technologiques parmi les plus marquantes du siècle (satellite, GSM) au sein de France Telecom. Il intègre le ministère de la recherche, puis il est nommé directeur des stratégies industrielles au ministère de l’Industrie ; mais il retrouve l’entreprise dont il était issu en 2003.
L’appel de Thierry Breton au gouvernement précipite Didier Lombard aux commandes. Il doit alors assumer un nouveau rôle, celui de manager des quelque 190 000 employés du groupe, et mener la redéfinition globale du métier d’Orange dans un paysage technologique en constante révolution.
Les nouveaux impératifs de l’innovation
En une dizaine d’années à peine, l’environnement d’Orange a tant évolué que les concurrents les plus menaçants ne sont pas, à bien des égards, les autres opérateurs téléphoniques nationaux, ni même les opérateurs internationaux, mais les fournisseurs de services Internet , les géants des TIC comme Google et Apple qui lancent leur propre téléphone mobile, et bientôt les fabricants de télévisions… « Il ne fait pas de doute qu’Apple soit une force de marché lorsque des milliers font la queue pour l’iPhone sur les Champs-Elysées. Dans ce cas-là, j’accepte de partager. » D’autres maillons de la chaîne sont en position de fragilité et Didier Lombard montre clairement comment France Telecom - Orange sait en tirer parti : l’opérateur a bien plus intérêt à partager les revenus avec des partenaires que de les empêcher de développer cette activité ! Le modèle économique du groupe oscille donc entre concurrence et coopération, avec une souplesse et un pragmatisme revendiqués : « Rien ne nous empêche d’être concurrent par ailleurs ! ». Bien entendu, la « chasse sur le territoire du voisin » doit avoir ses limites : « A sauter deux barrières de métiers, à gérer les studios de Hollywood, vous perdez votre chemise ! ». Orange se concentre donc sur la fourniture de contenus à la demande, les jeux, la santé.
Didier Lombard, en tant que manager, est convaincu qu’un tel changement de paradigme doit être non seulement compris, mais approprié par tous, jusqu’aux ramifications du groupe les plus éloignées de la direction. Le groupe doit avoir la même structure et la même culture que s’il était issu d’une start-up créée il y a dix ans. C’est sur le terrain que repose ce changement, même si le lien entre l’horizon à long terme et le champ plus limité des responsabilités de chacun n’est pas immédiat. C’est cette volonté qui l’a conduit à écrire et diffuser son dernier ouvrage (Le village numérique mondial, 2008) et à communiquer la stratégie de l’entreprise à tous les échelons. « Un été, dans ma résidence secondaire, la ligne a été coupée par une tempête. J’ai su que ma stratégie portait ses fruits lorsque j’ai entendu le technicien venu la réparer me dire : « Ah, la stratégie « Next », c’est formidable ! ».