Xavier Fontanet, oct. 2008
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"LA GESTION DES HOMMES, LE PREMIER ROLE DU PDG AUJOURD’HUI"
Xavier FONTANET, dîner-débat du mercredi 22 octobre 2008.
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Confiance, autonomie, métier : la base du développement à 2 chiffres d’Essilor depuis 25 ans
Xavier Fontanet commence par montrer comment « la maison » Essilor, à sa création, a bénéficié du patrimoine culturel et des valeurs de ses deux sociétés parentes : Essel, la coopérative ouvrière d’inspiration Proudhonnienne de confection des verres, et Silor, la société portée à la pointe des avancées technologiques par son leader visionnaire, M. Lissac. Essel la « carpe », et Silor, le « lapin », au lieu de s’entre-détruire sur le sol national, donnent naissance à Essilor, qui se lance aussitôt à la conquête de l’international. Et cette conquête passe par une compréhension, dès les années 1970, des enjeux de la mondialisation : mondialisation de la production comme de la gestion du capital humain de l’entreprise.
Cette gestion du capital humain, aujourd’hui, chez le géant mondial qu’est devenu Essilor, repose sur les mêmes bases qu’aux origines, et ces bases nous sont clairement révélées : confiance, autonomie, métier. La confiance, qui permet de régler rapidement les problèmes, par le respect et le dialogue, et de révéler le « petit génie », la part d’ « exceptionnel » présente en chacun. L’autonomie, critique pour un groupe qui rassemble aujourd’hui plus d’une centaine de sociétés, et qui permet le progrès de chacun par la responsabilité. Le Président est responsable de la communauté humaine, il porte les valeurs du groupe.
Pour Xavier Fontanet, travailler chez Essilor, c’est accepter toutes ses valeurs, et c’est donc beaucoup plus que travailler… Le travail, « ce mot détestable inventé par Marx ! » plaisante-t-il, est remplacé par le métier. Le métier suppose l’engagement dans son entreprise : l’intéressement du personnel est un aspect important, mais pas le seul, de l’engagement de chacun dans la société. Mais le métier, c’est surtout la capitalisation d’une expérience au contact des autres. L’ascension d’Essilor, c’est un chemin « du travail au métier, du métier au leadership, du leadership au service des autres ».
Essilor n’a connu qu’un seul moment de doute, au début des années 1990, lorsque l’entreprise était un groupe diversifié entre différents segments de la correction ophtalmique : non-invasif (les verres de lunettes), semi-invasif (les lentilles), … Il est alors décidé de se concentrer sur le métier originel d’Essilor, les verres de lunettes, où Essilor avait déjà atteint la position de N°1 mondial. Ce choix s’est avéré gagnant : Essilor est aujourd’hui 3 fois plus gros que le numéro 2, N°1 dans toutes les principales économies du monde, et le cap des 10% de croissance est maintenu en 2008 ! Et la mission sociale d’Essilor est évidente : un demi-milliard de personnes ont aujourd’hui la vue améliorée grâce à des verres Essilor.
Le public est, lui aussi, conquis, et si les questions qui suivent l’intervention de Xavier Fontanet sont nombreuses, c’est pour en savoir davantage : comment ce modèle particulier a pu résister sans s’essouffler aux pressions fortes de la Bourse, des crises économiques, des changements sociaux, politiques ou technologiques… Xavier Fontanet montre comment chez Essilor la mobilité, notamment internationale, a permis à certaines personnes talentueuses, engagées, une ascension professionnelle et sociale remarquable. Les opportunités du marché asiatique sont évoquées : l’économie du don y a sa place, mais est souvent pervertie, parce qu’elle ne responsabilise ni ne valorise pas toujours le bénéficiaire. Pour toucher vraiment les populations les plus pauvres, Essilor a déployé une grande créativité commerciale, avec par exemple les camions qui parcourent les régions les plus reculées pour proposer à tous une correction de la vue adaptée et abordable. Xavier Fontanet se montre aussi intéressé par les possibilités de responsabilisation des employés suggérées par le public.
En conclusion d’une soirée vraiment très réussie de l’avis de tous, portée par l’humanisme et l’ouverture de Xavier Fontanet, le prochain dîner-débat d’Esprits d’Entreprises est annoncé pour le 25 novembre, et aura comme intervenant : Sébastien BAZIN, PDG de Colony Capital.

« On a besoin de la diversité, et du dialogue. Plus on connaît la nature, plus on se rend compte qu’il existe un substrat commun.»
« Le bon horizon pour une stratégie, c’est 20 ans ! Une stratégie, c’est l’allocation des ressources dans la durée, cinq ans ne suffisent pas. » « La stratégie n’est rien sans l’exécution, il faut des personnes, une culture. C’est fondamentalement sur la culture que se fait la différence et c’est comme ça que nous avons dépassé tous nos concurrents. »
« L’accès au capital est fondamental pour qu’une société soit puissante et homogène. L’entreprise devient une partie importante de votre vie. »
« Le jeu d’Essilor, c’est comme celui de Federer (qui sera toujours meilleur que celui de Nadal !). Essilor domine en fond de court, la croissance organique, comme en volée, les acquisitions »
« La Bourse, je ne la regarde jamais, c’est en travaillant qu’on la fait monter, pas en la regardant ! C’est aux parts de marché que je suis attentif : le leader est toujours rentable.»
« La liberté ne peut pas se concevoir sans la concurrence» « A chaque fois que notre concurrent a fait un coup génial, tout Essilor s’est mobilisé pour se battre.» « Chez Essilor, on est très guerrier, une fois qu’on a la bonne équipe, les gens avec qui on a envie de se battre, on y va ! »
« L’économie de marché, c’est le don durable ! Il faut accepter l’injustice, pour la dépasser. »