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Discrimination salutaire au plus haut niveau

AVRIL 2006


Esprits d’Entreprises, cercle d’entrepreneurs et dirigeants, a reçu le 15 mars Jean-Claude Mailly de Force Ouvrière pour évoquer la contribution des syndicats au progrès de notre économie. Hasard du calendrier, le débat a vite abordé la question du CPE et du CNE. Qu’avons- nous entendu ou compris de ses propos ?
Tout d’abord, les étudiants se seraient sentis humiliés par l’absence de motivation d’un licenciement dans la période de préavis. Mais connaissent-ils ou leur a –t-on expliqué la loi en vigueur qui précisément l’interdit ? Ensuite, les syndicats (tout comme certains ministres proches du sujet ou les organisations patronales) ont eu connaissance du projet de loi sur le CPE quelques heures seulement avant son annonce. C’est une bien étrange et maintenant classique manière de concevoir le dialogue social qu’a ainsi montrée notre Premier Ministre, selon Mr Mailly.
On peut d’autant plus s’en étonner que début août 2005, Mr de Villepin avait mis en place le CNE par ordonnance et sans concertation, en prenant l’engagement d’attendre l’analyse des résultats du CNE pour proposer de nouvelles dispositions dans le domaine. Cà remettait ainsi tout nouveau projet au-delà des élections présidentielles. Les partenaires sociaux n’avaient certes pas manifesté d’enthousiasme excessif, mais le CNE était passé sans contestation significative. Et là, huit mois plus tard, le CPE débarque sans crier gare, avec les conséquences qu’on voit de crispations, de débordements et de contestation en tout genre. Les leaders syndicaux peuvent à bon droit s’indigner du peu de cas qu’on fait de leur avis et pousser les haut cris pour récupérer un mouvement qui les déborde par les extrêmes.
Nous, entrepreneurs et dirigeants, sommes atterrés une fois de plus par l’incapacité du politique à expliquer, motiver, dialoguer en amont, en disant la réalité et ensuite proposer des solutions, qui peuvent être difficiles pour tous.
Sur le fond, le CPE n’a rien de pire que les 20 autres contrats en place, sans parler des tentatives analogues des 20 dernières années. Et comme le soulignait Mr Mailly, il demeure plus aisé de rompre un CDI aujourd’hui que la plupart des autres contrats, notamment les CDD, pour peu le patron de la PME en cause soit bien conseillé. La plupart d’entre nous ont vécu l’expérience du licenciement, la plus pénible dans la vie du chef d’entreprise. Au point que c’est même parfois cette expérience subie précédemment qui a amené à créer son entreprise et son destin.
Or la procédure actuelle, dans son formalisme, porte en elle les gênes de la crispation et de l’affrontement. Quel salarié ne serait tenté de préparer une défense vigoureuse à la réception d’une convocation par lettre recommandée ? Puisque la procédure risque d’être longue et ardue, les motifs de licenciement dûment motivés, quel chef d’entreprise hésitera à mettre en lumière la pleine mesure des torts reprochés à son salarié ? Puisqu’il faut qu’il y ait un KO de l’un des acteurs, chacun devra fourbir ses armes. Comment imaginer qu’il ne puisse y avoir au bout que des déceptions et de l’amertume durable de part et d’autre ? Chacun portera en lui ce souvenir dans sa prochaine expérience et le phénomène de méfiance est installé, durable.
Mais voyons les causes en amont. Et le CNE avait peut-être ce simple avantage d’éviter ce psychodrame, dans la mesure où les transactions ne sont aujourd’hui envisageables que pour les cadres et dirigeants et dans des conditions de plus en plus strictes. Bien évidemment, nous ne sommes plus très loin de l’approche anglo-saxonne tant décriée, ou une séparation est un acte « normal » de la vie et préfigure davantage un nouveau challenge qu’un échec passé. C’est d’autant plus valable quand on peut espérer retrouver un emploi sous quelques jours comme aux USA ou en Angleterre, tandis qu’en France il faut compter déjà 2 mois entre ANPE et ASSEDIC, pour que le sujet commence à être traité. (se référer au dernier rapport de La Cour des Comptes). Mais ne nous trompons pas de sujet non plus. Aucun contrat ne créera le besoin pour des entreprises, publiques ou privées, d’embaucher nôtre trop-plein de psychologues et autres licenciés en lettres, alors que l’on manque de plombiers ou de cuisiniers, certes activités jugées moins « nobles » ou valorisantes par certains.
Le pire pour nous tous est probablement que ces contingences de la « vraie vie » échappent à nos gouvernants, qui n’ont jamais pour la plupart connu ces situations ou les ont oubliées au fur et à mesure de leur ascension vers les sommets de l’Etat, encouragés en cela par leurs jeunes conseillers de cabinet encore plus déconnectés du monde réel.
Vu la proportion croissante d’Enarques rencontrés dans ce cheminement vers le haut, pourquoi ne pas se livrer au seul acte de discrimination positive et salutaire qui semble susceptible de rapprocher le futur exécutif de notre pays, à savoir réserver le poste de chef de l’Etat à un citoyen qui ne sera pas passé par l’ENA ? Quel renouvellement en perspective ! Laissons ainsi aux énarques la gestion au sens technique de notre Administration, c’est déjà beaucoup et sans oublier de les envoyer régulièrement en stage de formation continue dans une boulangerie ou une agence d’interim.

J’ai fait un rêve, disait Martin Luther King. Pourquoi pas nous aussi ?

Bernard Ochs et Diaa Elyaacoubi

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