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Enseignement : que les entrepreneurs lèvent le doigt !

MAI 2007



Quel bonheur naïf ou éphémère pour un entrepreneur, de s’être entendu dire (enfin ?) par chacun des candidats à l’élection présidentielle, que nous sommes le moteur du développement de la France. Après avoir vu vilipender les rares et avérés patrons voyous, les entrepreneurs sont à nouveau reconnus pour leur contribution, même si le discours politique d’ensemble continue d’entretenir l’illusion que la croissance viendra de l’Etat, l’emploi aussi, et toutes les bonnes choses de la vie évidemment.
Maintenant, qu’en est-il sur le terrain réel et si nos lycéens doivent se révéler créateurs d’entreprises et d’emploi, comment y sont-ils préparés aujourd’hui ?
Une attention toute particulière doit être portée en la matière aux jeunes issus des milieux les plus modestes, pour surmonter les réticences encore trop nombreuses à accorder confiance à tous ceux dont le nom, l’origine, le lieu de résidence ne « cadrent » pas avec l’idée qu’un banquier, un client, un premier employeur se font du candidat idéal. Quand la situation de l’emploi est encore ce qu’elle est ici, que le choix est large entre les candidats pour un poste, que l’erreur d’embauche se paye cher, comment blâmer toutes les entreprises qui refusent ce risque ?
Pour toutes ces raisons, Esprits d’Entreprises, cercle d’entrepreneurs et dirigeants, a décidé d’apporter un soutien concret à l’association 100.000 entrepreneurs, constituée pour envoyer autant d’entrepreneurs dans les lycées témoigner simplement de leur expérience, des joies de l'accomplissement d'un projet, de la force retirée d'un échec surmonté.
Quoi de plus anodin que d'envoyer des chefs d'entreprises dans des lycées pour parler de leur parcours? Et pourtant, rien n'est simple en la matière en France, comme en témoigne ce petit retour d’expérience, au lycée Rabelais, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
Tout d’abord, il convient de préciser que ces interventions se font dans le cadre d’une convention avec l’Education nationale, que les établissements et les enseignants doivent être demandeurs d’une telle intervention. Tout n’a pas été simple pour cette première étape, ai-je compris, afin de surmonter nombre de réticences dites ou non dites. Quoiqu’il en soit, quand j’eu reçu ma feuille de route, je dus encore bénéficier de l’entremise d’une association déjà active au lycée Rabelais pour que tout finisse par se mettre en place, rendez-vous et accueil.
Le grand jour arriva donc avec une certaine appréhension sur ma capacité à capter l’attention pendant deux heures d’une classe d’une vingtaine de jeunes filles de 18 ans en moyenne, étudiantes en BEP d’économie. Heureusement, me dit ma guide, elles ont initié avec leur professeur un projet de mini-entreprise depuis le début de l’année et devraient être plus réceptives.
Après une présentation rapide de mon parcours, et une première question « est-ce un handicap d’être une femme pour entreprendre ? », la dirigeante du projet m’explique celui-ci : monter des animations pour des après-midi détente dans les maisons de retraite. Pour cela, elles ont réuni environ 1000 Euros de capital auprès de leurs proches, et ont investi l’essentiel dans la réalisation de petits sacs à offrir aux personnes âgées pour y conserver leurs petits effets. Fortes de tout ce bagage, si l’on peut dire, et de la conviction d’apporter joie et bonne humeur en reliant les générations, elles ont démarché leur première maison de retraite. Et là patatras, refus net : « nous n’avons pas de budget, çà dépend de la mairie ». Nous en étions là ce jour-là et le moral était au plus bas. En outre, pas le début d’une analyse de ce premier échec ni de remèdes à apporter. Et tout ce stock de sacs inutiles peut-être, plus d’argent quasiment et le sentiment d’échec cuisant après tous ces mois de gestation.
Je passai donc les deux heures suivantes à analyser la situation avec elles, par toute une série de questions classiques : qui est mon vrai client ? Qui peut être prescripteur ? Qui décide ? etc…pour en arriver à la conclusion que ces questions auraient dû être posées en premier lieu, pour n’engager des « investissements » qu’une fois le service défini, le payeur identifié, les prospects listés, bref en partant du client et son besoin réel et non pas du produit. Nous en profitâmes pour nous livrer ensemble à l’exercice, dit de l’ « elevator pitch », où plusieurs binômes eurent l’occasion de jouer la scène du premier contact avec un directeur de maison de retraite que j’incarnais. Ce fut l’occasion, ô combien plaisante, de constater l’enthousiasme communicatif de ces jeunes filles et leur appétit d’action concrète, après tous les travaux théoriques préalables.
Nous nous quittâmes heureux de ce moment d’échange, m’a-t-il semblé, sur un bilan d’étape finalement positif, un plan d’action pour affiner le démarchage des prospects, et un engagement réciproque de suivi du projet dans sa durée. Les questionnaires d’appréciation me furent aussi communiqués. Son de cloche général : Super, mais pourquoi ce chef d’entreprise ne nous a-t-il pas été présenté au tout début ? Pourquoi nous a t-on expliqué l’entreprise et sa création de la manière exactement opposée à ce qui semble être la réalité ? Enfin, plus d’un tiers se voyaient bien dans des projets d’entreprise, en création ou en développement.
Bien évidemment, je m’inquiétais de savoir si cette situation était isolée ou représentative. Elle était semble-t-il très représentative. Pour voir le verre à moitié plein, pour un nombre croissant d’enseignants, le chef d’entreprise n’est plus l’ennemi de classe et la mission consiste bien aujourd’hui à préparer les élèves à une vie active dans des projets « entrepreneuriaux », qu’ils soient associatifs, industriels ou autres. Toutefois, l’enseignement de l’entreprise reste à revoir, en sortant des approches de l’ère industrielle plus ou moins planifiée, pour appréhender la réalité d’aujourd’hui et de demain : un univers économique où le produit et le service sont parfois difficiles à dissocier, où la reconfiguration permanente des écosystèmes est la règle, où le choix du client est vaste grâce une compétition tous azimuts.
L’inculture économique des français a été à plusieurs reprises mise en évidence ou évoquée lors de la campagne électorale, d’autant que les formules forcément simplistes et courtes qu’imposent les médias n’aident guère à clarifier des sujets complexes. Une fois de plus, c’est par les générations futures que les choses peuvent évoluer si le mammouth veut bien bouger un peu et faire évoluer la perception du monde économique des enseignants chargés de transmettre les bases.
Alors, soyons un peu fous et pourquoi pas un projet 100.000enseignants, pour envoyer autant d’enseignants du primaire et du secondaire en entreprises pour y voir la vraie vie qu’auront à connaître leurs élèves, en application d’une rénovation significative des enseignements et formations du corps professoral ? Chiche, Monsieur le Ministre de l’Education Nationale ?

Bernard OCHS, Vice-Président du Club Esprits d’Entreprises, dirigeant d’entreprises et investisseur privé, resté en France.

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