CRISE ACTUELLE : TOUT A CHANGE, RIEN N'A CHANGE
Claude BEBEAR, Président d'honneur du Groupe AXA, le 29 septembre 2009
Claude Bébéar est un immense bâtisseur, qui a mené la transformation d’une petite mutuelle normande en N°1 mondial de l’assurance. La transformation menée sur plusieurs décennies a été jalonnée de crises, que M. Bébéar a su reconnaître chaque fois comme de nouvelles opportunités. Mais quelles sont alors les opportunités créées par la grave crise financière actuelle, et quelles sont les conditions pour pouvoir les saisir ? Les fondements du système sont-ils atteints ?
M. Bébéar a démontré devant le public de chefs d’entreprise venus l’écouter et le questionner que le bon sens, la capacité visionnaire, l’enthousiasme et la confiance sont, aujourd’hui comme hier, les piliers de la réussite de l’entreprise : la solidité d’AXA dans la tourmente fournit une illustration d’une telle gestion entrepreneuriale.
Aux origines de la crise : une perte de sens
« Les marchés ont oublié que tout profit élevé signifie un risque élevé, pour ne plus voir que le profit », analyse M. Bébéar. Tous se croyaient obligés de participer à l’échange de titres financiers dont la complexité le disputait à l’opacité : les sociétés d’assurances concurrentes qui sont sorties ainsi de leur métier ont bien souvent vacillé.
La crise s’explique par une perte de bon sens et par la cupidité. « Les gouvernements, et en particulier le gouvernement américain, ont laissé libre cours à l’économie de la cupidité. Il est évident que la catastrophe ne pouvait qu’arriver. »
M. Bébéar confie s’attendre à une sortie de crise prochaine. Mais celle-ci doit impérativement reposer sur la concertation internationale : pour la redéfinition des normes comptables internationales, pour la fondation d’un nouveau système monétaire international mettant un terme à la domination du dollar, et pour le renforcement de l’encadrement des marchés financiers. M. Bébéar se dit particulièrement vigilant concernant l’enjeu de la comptabilité : « Vers quoi va-t-on avec Solvency II ? » (réforme réglementaire européenne du monde de l'assurance).
Le couple franco-allemand a un rôle clé à jouer dans la réorganisation des échanges économiques mondiaux, en tant que « deuxième puissance économique mondiale » … si les deux nations acceptent une certaine répartition des rôles. « Dans cinq ans, nous serons refinancés par l’Allemagne : dans le couple franco-allemand, l’homme, ce sera l’Allemagne ! »
Un message aux entrepreneurs : à chaque instant son opportunité « exceptionnelle »
La sortie de la crise sera accompagnée de nouvelles réglementations : certaines ne risquent-elles pas, comme souvent, d’être plus nuisibles que le mal qu’elles combattent ?
M. Bébéar rassure : « Chaque fois qu’une réglementation mal faite sort, les entreprises sont handicapées. Mais les grandes beaucoup plus que les petites ! C’est une opportunité extraordinaire pour les petits acteurs qui savent en profiter. » Le groupe AXA n’est-il pas né d’une telle opportunité, saisie par M. Bébéar ?
L’opportunité à la naissance d’AXA, a été créée par l’Etat Français : la vague de nationalisation a fait peur aux sociétés anonymes qui sont devenues achetables à bas prix. Aujourd’hui, c’est la mondialisation qui détermine les opportunités.
Pour qu’AXA puisse continuer à saisir les opportunités de demain, la direction actuelle d’AXA privilégie, dans la lignée des précédentes, la responsabilisation, la décentralisation, la confiance et l’esprit d’entreprise. Cette orientation permet de lutter contre le risque de paralysie de la grande entreprise et de rétablir l’enthousiasme. AXA Atout Cœur est l’une des plus belles illustrations de ce management responsabilisant et fédérateur. « Le mécénat solidaire, ce n’est pas juste donner de l’argent. Il faut impliquer les personnes. Ce sont des petites actions comme celles-ci qui donnent une fierté formidable aux collaborateurs et les motivent, plus que des grands plans de gestion des ressources humaines. »
QUELQUES CITATIONS
« La crise a deux explications. La première, c’est la perte de bon sens : la croyance que les marchés ont toujours raison. La deuxième, c’est la cupidité. Or la cupidité est un moteur de l’économie, certes, mais il faut aussi des freins. »
« La moitié de l’économie, c’est la confiance. Nous sommes sortis de la crise. Il faut que les gouvernements le disent quand même, et qu’ils injectent de l’argent dans la relance. »
« Quand on est PME, on est extrêmement mobile. Vous n’êtes pas des hommes de process, vous êtes des hommes d’entreprises. »
« Quand tout le monde regarde dans le même sens, regardez dans l’autre. »
« Je suis très libéral, mais penser que les hommes ne décideront que selon l’éthique est dangereusement naïf. Faisons de la finance durable, pour prendre un mot que je n’aime pas ! »
« Les temps ne sont pas plus difficiles qu’ils n’ont été. Il y a toujours autant d’opportunités qui se créent. Il ne faut pas se dire : « j’attends que la même opportunité se reproduise ». Chaque opportunité est exceptionnelle. Vous en avez à tout instant. Celles que j’ai saisies pour AXA, n’importe qui pouvait le faire ! »
« Le seul bon système de gestion d’une entreprise, c’est la « démocrature » ! Il faut le débat pour préparer les décisions, la fermeté pour les appliquer. »
« Le gouvernement est-il capable de faire des réformes ? - Il a été capable d’en lancer beaucoup. Saura-t-il les porter jusqu’à terme ? Certes, il y a le rite bien français des gens qui défilent dans la rue chaque année. Mais Dieu écrit droit avec des lignes courbes… Même un Président de la République peut faire ça ! »