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Osera-t-il ?

JUILLET 2005



Pour sortir du féodal et du social, tout en préservant l’essentiel. Pauvre France, Pauvre Président de la République, écartelés entre la tentation anesthésiante du « social » et celle plus douloureuse et incertaine du retour à la réalité, dûment labellisée « libérale ». Esprits d’Entreprises, club d’entrepreneurs, a reçu ces derniers mois deux figures du monde de l’entreprise : Didier Pineau-Valencienne et Serge Weinberg, deux personnalités fortes. Leurs affinités électives sont en apparence partagées entre Droite et Gauche, si ceci conserve encore un sens aujourd’hui.
Ces deux hommes ont, chacun dans leur style, transformé une entreprise moyenne, présente sur un domaine à l’avenir pour le moins incertain, en un groupe mondial, clairement leader sur son domaine, que ce soit Schneider dans le matériel électrique ou PPR dans la distribution et le luxe. Qu’avons nous retenu de leur passage parmi nous ? Dans des termes proches, ils nous ont fait part de leur « pessimisme actif » et leur renoncement, voire dégoût et renoncement devant le politique en France. La première surprise passée, comment pourrait il en être autrement ?
D’un coté, des chefs d’entreprises responsables, (traités parfois d’abord en coupable, comme Mr Pineau-Valencienne en a fait l’amère expérience), ont fait des constats réalistes, ont développé un plan stratégique, enfin ont pris des risques, jusqu’à leur santé personnelle, pour transformer des entreprises pour le grand bénéfice des employés, des actionnaires et de la collectivité nationale in fine. En un mot, ils ont créé de la richesse pour la Nation. De l’autre coté, des politiques, dont le principal risque pour la plupart est un renvoi dans un Corps d’Etat d’origine, et pour qui la grille d’analyse d’une situation s’énonce principalement en terme de capacité à remettre à plus tard ou de se défausser sur une réglementation supra-nationale, de préférence bruxelloise, quoique maintenant çà va se compliquer en la matière. L’exemple vient hélas d’en haut, marqué par le réflexe féodal, où le lien de vassalité prévaut sur la compétence. Mais peut-être devrait on dire plus justement loyauté, qualité première dont Monsieur Chirac a paré Mr de Villepin récemment. Doit-on s’étonner alors que ce dernier ait été choisi, après un Jean-Pierre Raffarin, incarnation vivante de la voix de son maître ? La constitution française actuelle, bien plus contraignante que l’européenne que nous avons rejetée, par sa concentration des pouvoirs, nous ramène à cet état moyenageux. Remplaçons quartiers de noblesse par rang de sortie de l’ENA et le parallèle est tout tracé !
Comment donc, nous, les entrepreneurs, ceux par qui arrive la création d’emplois, pouvons-nous avoir encore envie de risquer notre santé, notre énergie, surmonter les obstacles pour aller alimenter le tonneau des Danaides de nos déficits, de la dette laissée à nos enfants ? Pourquoi construire, alors que désormais une majorité de la population semble atteinte de schizophrénie et nous entraîne dans la douce torpeur, dont un pays comme l’Argentine a eu à se réveiller, un goût fort amer en bouche.
Monsieur Chirac osera t il enfin se défaire de l’héritage du général de Gaulle et des lois de 1946, s’affranchir de ses vieux démons des troubles de 1968, 1986 ou 1995, de la frustration des avanies mitterrandiennes, pour dire la vérité aux français et les décisions que cela impose ?
Si l’on peut et doit considérer normal qu’une infirmière ait une retraite plus tôt que d’autres ou qu’un pompier ait un emploi dit à risques, avec les avantages induits, pouvons encore tolérer (et financer) une retraite à 40ans pour des cadres EDF travaillant dans des bureaux à des horaires normaux, une assurance-vie pour les conjoints d’employés de la SNCF, pour ne prendre que ces deux exemples concrets ?
Doit-on se taire devant l’indécence de certaines revendications, alors que les vraies détresses restent muettes et laissées pour beaucoup aux bons soins de mouvements associatifs ?
Monsieur Chirac osera t il dire qu’il ne souhaite pas se représenter en 2007 ? Le pourra t il pour convaincre les Français que les décisions, certainement douloureuses à prendre, le seront pour le bien de la Nation? Que penser de la réaction de Matignon hier, du style « circulez il n’y a rien à voir », quand le Ministre des Finances lui-même ose dire que l’ISF est néfaste et doit être « évalué » sérieusement ? L’opposition peut à bon droit demander des clarifications, pour savoir peut-être si le pragmatisme économique va perdre encore une fois ?
Disons le clairement, nous n’avons aucune envie que nos enfants, aujourd’hui privilégiés et enfants de privilégiés, finissent dans des emplois ménagers au service de sympathiques retraités britanniques. C’est bien pourquoi des groupes comme Esprits d'Entreprises se créent et rassemblent des entrepreneurs pour oser apporter une nouvelle énergie, oser une idée rénovée de la France. Encore faut-il oser définir ses vraies valeurs et connaître ses talents. Nous sommes prêts à oser encore, mais osera-t-il, lui le Président, à moins que la perspective d’une mise en l’examen à l’issue de son mandat n’altère son appréciation des enjeux ?

Diaa Elyaacoubi et Bernard Ochs

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